POINT PRÉVENTION N° 6 – Le bras pris dans l’enrouleur

Récit de l’accident

chalut pélagiqueCela fait deux jours que le navire est en mer. Il est sept heures du matin, il fait encore nuit : le patron depuis la passerelle est en train de virer le chalut sur l’enrouleur. Les quatre hommes d’équipage sont à l’arrière sur le pont de pêche. Ils se sont répartis en deux groupes de deux hommes, de part et d’autre de l’enrouleur, en arrière de ce dernier. Ils aident à l’enroulement du chalut en l’empêchant de sortir du tambour de l’enrouleur. Cette tâche comprend deux opérations distinctes : guider et pousser des deux mains le filet vers l’intérieur du tambour de stockage. Le novice, embarqué depuis deux mois se trouve du côté bâbord avec un autre matelot. Les postes de travail, lors de cette tâche, ne sont pas affectés à un marin déterminé, comme lors de la saisie des panneaux par exemple. Les marins considèrent en effet qu’il s’agit d’un travail très simple ne demandant pas de connaissance ni de dextérité particulière. Le bourrelet (ici réduit à un simple câble d’acier) et le grand dos du chalut sont en train d’être virés sur l’enrouleur, lorsqu’à l’occasion d’un effort de poussée, le novice voit sa main droite prise dans une des grandes mailles du dos du chalut qui lorsqu’elles sont sous tension se resserrent fortement ; il est alors entraîné vers le chalut sur l’enrouleur. Le patron, aux commandes, sans bonne visibilité sur le pont de pêche, et dans un environnement bruyant, ne débraye pas instantanément l’enrouleur. La novice a son bras droit fracturé.

L’arbre des causes

AdC

Identification des évènements ayant concourus à la survenue de l’accident

Quelles sont les causes directes et indirectes de cet accident ?

  • L’accident est survenu à l’occasion d’une tâche que les marins considèrent comme très simple et ne demandant ni connaissance ni dextérité particulière.
  • La victime, le novice, est un jeune homme dont l’expérience est réduite.
  • Les capacités des bobines de l’enrouleur semblent ici plus adaptées au virage d’un chalut de fond plutôt qu’à celui d’un chalut pélagique. D’où la nécessité « d’aider » l’enroulement du filet, lorsque le navire pratique le chalutage pélagique en solitaire.
  • Cette intervention sur le chalut se fait à distance très réduite de l’enrouleur.
  • Le patron, à la commande de l’engin de traction, a un champ de vision plus que réduit sur les hommes au travail, situation aggravée par un éclairage insuffisant.
  • L’environnement bruyant du navire rend les communications orales très difficiles, aggravant les délais d’intervention lorsqu’il s’agit de faire face à une situation urgente.

Double commande des enrouleurs sur le pont de pêche

Double commande des enrouleurs sur le pont de pêche avec bouton d’arrêt d’urgence


Le patron a une vue directe sur le pont de pêche

Le patron a une vue directe sur le pont de pêche

Quels enseignements pour la prévention ?

Au plan technique, la prévention portera ici sur :

  • L’aménagement correct du champ de vision du patron depuis la passerelle.
  • Le doublement systématique des commandes des engins de traction sur le pont de pêche, d’où la conduite des manœuvres sera assurée, totalement ou partiellement par un marin expérimenté.
  • L’installation de dispositifs « coup de poing » permettant aux marins opérant sur le gréement d’arrêter instantanément le fonctionnement des appareils de traction, en cas d’urgence.
  • L’attention portée au choix des enrouleurs, dont la capacité des tambours devra être adaptée au matériel stocké, en particulier lorsque le navire pratique plusieurs métiers.
  • La prise en compte dès la conception du navire de l’environnement du travail des marins. En particulier les problèmes de bruit et d’éclairage ne devront en aucun cas être négligés.

Au plan de l’organisation du travail, la prévention portera sur :

  • L’attention avec laquelle on veillera à ce que les hommes n’interviennent pas sur le gréement à distance trop réduite des engins de traction, afin de ne pas être happés et entraînés par ceux-ci.
  • La sensibilisation des équipages au fait qu’il n’existe pas de tâches mineures ou anodines, au regard de la sécurité du travail, lors des manœuvres du train de pêche, que ces tâches soient principales ou occasionnelles.