POINT PRÉVENTION N°4 – Écrasé entre le navire et le quai

Point Prévention n°4Vers 14h00 après une journée de pêche démarrée à 2 heures du matin, le chalutier de 20 mètres se positionne le long d’un quai jouxtant la halle à marée. Le vent orienté face à l’entrée du port provoque une légère houle, qui pousse le navire contre le quai.
A bord, les marins remontent les caisses de poissons de l’entrepont au niveau du pont supérieur légèrement plus haut que le quai.
Sur le quai, une personne range les caisses provenant du chalutier sur un chariot.
Entre le quai et le navire, un marin chaussé de « claquettes », fait la navette pour amener les caisses sur le quai, en enjambant à chaque fois la rambarde d’une hauteur d’1 mètre. Ce mode opératoire inhabituel est lié à l’absence d’un matelot ce jour là. Habituellement, un marin se positionne, un pied en appui sur le quai, l’autre reposant sur le pont supérieur et une chaîne humaine de trois personnes permet le chargement du chariot en minimisant les déplacements.
C’est un vendredi, veille d’un week-end bien mérité, et le bateau est en retard à la vente car le patron a décidé de faire un trait supplémentaire au regard du contenu des pochées précédentes. Après le débarquement des captures, il faudra procéder au nettoyage, et le marin en charge des transferts navire-quai, pressé de partir en week-end accélère ses déplacements.
Alors que les écailles de poissons ont rendu glissant le bord du navire et qu’il franchi la rambarde les mains occupées à tenir une caisse, le marin perd l’équilibre et chute entre le quai et le navire. Celui-ci, ballotté par la houle écrasera le marin contre le quai. Si la noyade a pu être évitée par la présence de nombreuses personnes, lors de son arrivée à l’hôpital, les médecins diagnostiqueront un éclatement de la rate, un trauma crânien et des fractures d’une jambe et de côtes . Ce jeune marin de moins de 30 ans ne pourra plus naviguer.

CAUSES DE L’ACCIDENT

Causes directes

Elles sont au nombre de deux. D’une part, la chute du marin lorsqu’il se déplace entre le navire et le quai et d’autre part le mouvement du navire venant écraser le marin entre la coque et le quai. Sur cette seconde cause, dans l’état actuel des infrastructures portuaires, il n’est pas réaliste de vouloir agir rapidement. Concentrons nous donc sur la première : la chute.

Causes indirectes (ou profondes)

Elles sont au nombre de trois. Le vent fait bouger le navire, le marin a les mains prises par une caisse de poissons et le pied du marin glisse sur le bord du navire. Le mouvement du navire et les mains prises par une caisse sont des faits habituels au débarquement de la pêche, par contre la glissade ne l’est pas. Recherchons donc les causes qui conduisent à cette glissade. Elles sont au nombre de quatre :

  1. les claquettes
  2. le plat bord rendu glissant par les écailles de poissons
  3. l’augmentation des déplacements entre le navire et le quai liée à l’absence d’un marin
  4. l’augmentation de la vitesse de déplacement entre le navire et le quai suite à l’heure tardive d’arrivée à quai et l’envie de ne pas partir trop tard en week-end.

SUR QUELLES CAUSES EST-IL POSSIBLE D’AGIR POUR QU’UN TEL ACCIDENT NE SE REPRODUISE PAS ?

  1. Les équipements de protection individuelle : la fourniture par l’armateur et le respect par le marin d’une consigne de port systématique en mer et lors du débarquement de la pêche de bottes (ou chaussures) de sécurité avec semelle anti-dérapante et maintien correcte de la cheville auraient certainement permis d’éviter un tel accident. La noyade ayant également pu être la conséquence d’une telle chute, nous insisterons ici sur la nécessité du port d’un vêtement de travail à flottabilité intégrée(VFI) lors des déplacements non sécurisés (passerelle avec garde-corps, par exemple) entre un navire et un quai.
  2. Les choix d’organisation du travail : d’une part, le navire a effectué sa journée de pêche de plus de 15 heures avec un homme en moins, et d’autre part le navire arrive en retard à quai. Si l’on peut comprendre les impératifs économiques qui incitent le patron à décider d’un trait supplémentaire, ce dernier aurait dû s’interroger sur le mode opératoire du débarquement de la pêche avec un homme en moins et un équipage plus fatigué et plus pressé que d’habitude, et ne pas accepter qu’un marin fasse les allers-retours entre navire et quai en franchissant à chaque fois la rambarde.
  3. Une mesure technique simple : l’ouverture amovible de la rambarde a un endroit judicieux facilitera les allers-retours entre le navire et le quai. Bien entendu une telle mesure devra d’abord être présentée et acceptée par le Centre de Sécurité des Navires.