POINT PRÉVENTION N°2 – Chute… d’un nouvel embauché

Dix heures du matin, à quai, les opérations d’avitaillement sont en cours sur le chalutier de 33 mètres.

Un chariot-automoteur conduit par un employé de la société en charge de l’exploitation du port dépose deux piles de caisses vides sur le quai, au droit du panneau de cale. Le maitre d’équipage, grutier en titre (il a suivi une formation spécifique), est occupé sur le pont de pêche arrière à l’enroulement d’un chalut. Soucieux de quitter le port à l’heure prévue, le second prend les commandes de la grue et demande à un matelot présent sur le quai pour le changement de chalut, d’élinguer la pile de caisses. Le matelot s’exécute rapidement – le bosco a besoin de lui – sans même se rendre compte que la charge à soulever est légèrement en dehors de la zone d’apiquage de la grue. Le second, depuis le poste de conduite de la grue, ne s’aperçoit pas non plus que l’extrémité de la flèche n’est pas à l’aplomb des piles de caisses. Alors qu’il vire le câble, sans précaution, un stagiaire, ne connaissant pas le navire, à la recherche du patron, s’approche du bord du quai.

L’effet « renard » (traction oblique avec l’engin de levage) est immédiat, la charge à peine décollée du quai, se balance et vient heurter le jeune homme, qui, déséquilibré, tombe à l’eau entre le navire et le quai. Grâce à son VFI (vêtement de travail à flottabilité intégrée), le stagiaire a pu se maintenir en surface et nager vers l’échelle de quai la plus proche. Il s’en tire avec une légère contusion à l’épaule droite, mais les conséquences de cet accident auraient pu être dramatiques.

QUELLES SONT LES CAUSES IMMÉDIATES DE CET ACCIDENT ?

  1. le balancement, par « effet renard », des piles de caisses.
  2. le passage de la victime entre les piles de caisses et le bord du quai.
  3. la non surveillance du soulèvement de la charge par le matelot chargé de l’élingage.

QUELLES EN SONT LES CAUSES PROFONDES ?

  1. le balancement par « effet renard » trouve son origine dans le positionnement des piles de caisses sur le quai, et dans l’absence de formation du second à la conduite d’une grue.
  2. le stagiaire, qui ne connait pas l’environnement lors d’un avitaillement, concentre son regard sur la timonerie tout en se déplaçant le long du navire, à la recherche du patron.
  3. l’absence du matelot ayant effectué l’élingage est liée d’une part à sa double occupation (enroulement du chalut + élingage) et d’autre part à un manque de formation à l’élingage. Formé, il aurait attendu le soulèvement de la charge avant de retourner sur l’arrière du navire, et aurait certainement empêché le stagiaire de circuler, le temps de l’embarquement des piles de caisses.

QUE FAIRE POUR QU’UN TEL ACCIDENT NE SE REPRODUISE ?

1- la formation de tous les utilisateurs potentiels de la grue à sa conduite
2- la formation de tous les membres d’équipage aux techniques d’élingage et de soulèvement de charges.
3- la concertation équipage-agents portuaires pour la localisation des points de dépose des charge (apiquage grue).
4- l’amélioration de l’accueil du stagiaire : autre moment, autre lieu (en dehors de la zone de travail, par exemple).
5- l’organisation du travail : dans la mesure du possible ne pas tout faire en même temps. Dans ce cas précis, la planification de l’embarquement des caisses vides avant ou après l’enroulement du chalut, aurait permis d’une part d’avoir un grutier formé (le bosco) et d’autre part un matelot prenant le temps de surveiller la charge, à l’embarquement des caisses.

QUELS AUTRES ENSEIGNEMENTS TIRER DE CET ÉVÈNEMENT ?

Cet évènement démontre que le port d’un VFI sur les quais, durant l’avitaillement ou toute autre activité, est fortement recommandé.

STATISTIQUES

En Bretagne, sur la période 2004-2008, les statistiques montrent que sur les 464 accidents du travail recensés dans les cultures marines (avec ou sans arrêt), plus d’un sur deux (54%) concerne un salarié dont l’ancienneté dans l’entreprise ostréicole est inférieure à un an.

RESSOURCES

Liens

Documentation IMP